Sonnet qu’on dit être de M. de Saint-Evremond

Sonnet qu’on dit être de M. de Saint-Evremond

Nature, enseigne-nous par quel bizarre effort

Notre âme quelquefois hors de nous est ravie ;

Dis-nous comme à nos corps elle-même asservie

S’agite, s’assoupit, se réveille et s’endort.

 

Les plus vils animaux, plus heureux dans leur sort,

Vivent tranquillement, sans crainte et sans envie,

Exempts de mille maux qui troublent notre vie

Et de mille frayeurs que nous donne la mort.

 

Assemblage confus d’esprit et de matière,

L’homme vit avec trop ou trop peu de lumière

Pour distinguer ses biens et connaître ses maux.

 

Change l’état obscur dans lequel tu nous ranges,

Nature, abaisse-nous aux sens des animaux

Ou bien élève-nous à la clarté des anges.

 

Numéro
*0039


Auteur
Saint-Evremond ?

Description

Sonnet


Références

Mazarine 2356, f°21r

Mots Clefs
Saint-Evremond, libre pensée, philosophie matérialiste